Drapeau guinéen, CC

Le 3 octobre 2018, le ministre de l’enseignement pré-universitaire de la République de Guinée a procédé à l’ouverture officielle des classes devant permettre ainsi la reprise effective des cours après les grandes vacances. Malheureusement, les cours restent perturbés depuis un mois de cela à Conakry et à l’intérieur du pays suite à la grève déclenchée par le syndicat libre des enseignants et enseignants chercheurs de Guinée (SLECG) qui réclame un salaire de 8 000 000 GNF par enseignant, équivalant de 800 euros.

Pour le gouvernement guinéen, dirigé par le premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, cette demande serait excessive et en aucun cas, selon lui, son gouvernement ne peut procéder à une telle augmentation ni en 2019, ni en 2020.

Quant au SLECG, dirigé par son secrétaire général Aboubacar Soumah, pas question de reculer. Il demande aux enseignants de suivre le mot d’ordre de grève jusqu’à la satisfaction du point de revendication, et aux parents d’élèves de garder leurs enfants à la maison. Cette situation ne fait que perdurer et les parents d’élèves, soucieux de la sécurité des enfants, préfèrent ne pas prendre le risque d’envoyer leurs enfants à l’école.

Depuis l’éclatement de cette crise dans le secteur éducatif, certaines écoles publiques de Conakry et de l’intérieur du pays sont restées fermées, tandis que dans d’autres écoles privées de la capitale, les cours se poursuivent. Or, nous constatons sur le terrain qu’il y a des scènes de violences, tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays où certains élèves du public viennent s’attaquer à ceux du privé, les empêchant de suivre les cours. Selon certains d’entre eux, le gouvernement est en train de nourrir la crise en refusant de dialoguer avec le syndicat, qui demande pourtant l’ouverture d’un couloir de négociation autour des 8 000 000 GNF. « Je me demande à quoi joue ce gouvernement », s’interroge un des élèves ayant requis l’anonymat.

Le manque de dialogue radicalise le débat

Un enseignant gréviste ne voulant pas s’identifier m’a confié ceci : « Au lieu de négocier et ouvrir un dialogue franc avec le syndicat afin de trouver une solution permettant la reprise effective des classes, le premier ministre Ibrahima Kassory Fofana multiplie ses menaces teintées de discours arrogants à l’endroit des grévistes… et cela ne fait que radicaliser les positions. Déjà, en lieu et place de la négociation, le gouvernement a remplacé les grévistes par des contractuels, recrutés aux lendemains de la grève, il ensuite gelé les salaires de près de 11 mille enseignants au compte du mois de septembre 2018. Et tout dernièrement, les salaires de tous les enseignants grévistes ont été coupés. Comme si cela ne suffisait pas, le même gouvernement a adressé des courriers aux différentes banques de la place de ne pas accorder de prêts bancaires aux enseignants, une fois de plus pour rendre la vie des grévistes difficile ».

La semaine dernière, la capitale Conakry et certaines villes de l’intérieur du pays ont connu des remous liés à cette grève. Car, jeudi 1er novembre 2018, nous avons assisté à une scène de marche pacifique organisée au centre-ville de Kaloum par des femmes, certaines étaient habillées en tenues scolaires, et quelques élèves pour réclamer l’ouverture des classes. Elles ont été vite maîtrisées par la police, qui a utilisé du gaz lacrymogène pour les disperser.

Sur les antennes de la radio télévision guinéenne (RTG), le porte parole du gouvernement, Aboubacar Sylla, a fait savoir que lors du conseil des ministres, le président de la République Alpha Condé a demandé au ministre de l’enseignement pré-universitaire et de l’alphabétisation de continuer à sensibiliser les parents afin que ces derniers laissent les enfants venir à l’école. Pour moi, cette demande du président de la République n’est pas de nature à faire baisser la tension puisque cela va continuer à radicaliser le syndicat qui se sent méprisé par le gouvernement. C’est pourquoi je m’adresse au premier ministre, je lui demande de ramener la balle à terre en privilégiant le dialogue. Car, un mois déjà sans école c’est trop ! Je suis déjà lassé de garder mon enfant à la maison, alors qu’il devrait être en classe en train d’étudier !

Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs se demandent à quelle politique joue le premier ministre et son gouvernement dans la gestion de cette crise qui n’a que trop duré.