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Le mardi 31 octobre 2017, l’enceinte de la cour de  l’escadron mobile n°3 de Matam a été le théâtre de violence entre les gendarmes et un groupe de journalistes, partis recouper les informations sur l’arrestation flagrante d’un de leur confrère. A en croire les déclarations de part et d’autre, le journaliste serait à la base de la rumeur sur la mort du président de la République qui a fait le tour de Conakry ce lundi matin du 30 octobre 2017 comme une traînée de poudre.

Un quiproquo à l’origine de la rumeur de la mort du président Alpha Condé

En Afrique, l’art africain n’a pas que pour fonction la contemplation de la beauté. Il en a plusieurs, notamment la fonction symbolique, thérapeutique, didactique et commémorative. C’est le cas de chez nous en Guinée où une célèbre chanson  de l’artiste M’Mahawa Kouyaté intitulé  »Sâa-ya- mangninh » qui signifie en malenké, une langue locale du terroir,  »La mort n’est pas bonne. » Toutes les quatre régions que composent la Guinée sont unanimes que cette chanson annonce le plus souvent une mauvaise nouvelle. Coïncidence ou quiproquo, un journaliste animateur de la Radio Gangan FM est mort le dimanche 29 octobre 2017. Comme il est de coutume, la direction du groupe de presse a ordonné à ce qu’on mette les anciens enregistrements du défunt journaliste. C’est dans cette circonstance que le technicien a lancé la chanson Sâa ya magninh. Dès l’introduction de la chanson, c’est la voix du défunt journaliste animateur qui se fait entendre. La voix disait « qu’aucun homme ne peut résister à la mort. A commencer par le premier président à la prise de l’indépendance du pays  jusqu’à l’actuel homme fort du pays, le professeur Alpha Condé. » C’est cette petite partie qui aurait servi de mobile aux mauvaises langues de certains citoyens qui ont tout de suite établit un rapport logique entre la chanson annoncée et la prononciation du nom d’Alpha Condé, actuel président de la République pour insinuer qu’il est mort.

Le journaliste Aboubacar Camara arrêté

C’est dans cette confusion totale que le journaliste Aboubacar Camara, coordonnateur du groupe de presse Gangan FM et TV a été arrêté dans les locaux de sa radio, accusé d’avoir ordonné la diffusion de la fameuse rumeur de la mort du président. Il sera par la suite conduit à la gendarmerie de yimbaya, dans la commune de Matoto en banlieue de Conakry. Quelque heures plus tard, le présumé mis en cause est conduit dans les locaux de l’escadron mobile N° 3 de Matam pour de fin d’enquêtes.

Dans le souci de recueillir les informations sur l’arrestation et la détention de leur confrère pour les uns, soutenir leur confrère injustement arrêté pour les autres, un groupe de journalistes s’est retrouvé nez à nez avec les gendarmes de l’escadron mobile n°3 de Matam le lundi 31 octobre 2017.

Il n’en fallait pas plus pour assister à une réelle bastonnade des journalistes par ces gendarmes, qui pourtant constituent des auxiliaires et garants de la démocratie et de l’Etat de droit. Je me demande à quoi servent les montants colossaux décaissés à tout moment pour la réforme des formes de défenses nationales via des formations, des sensibilisations et d’autres participations aux ateliers internationaux.

Vu la mobilisation des journalistes, qui conçoivent ce comportement comme un musellement de la presse, et de l’ensemble des déclarations des associations de presse en Guinée, le journaliste détenu a été tardivement libéré dans la soirée du mardi 31 octobre 2017. Quant aux journalistes violentés, chacun pourra panser ses plaies comme d’habitude, avec la fameuse  et impitoyable phrase,  »les enquêtes se poursuivent pour dénicher les auteurs et les soumettre à la rigueur de la loi’.’

Chers gendarmes guinéens, j’ai envie de vous dire que cette attitude rétrograde de votre part met à nu les efforts du Haut Commandement de la Gendarmerie Nationale dans le cadre des reformes mises en place. Tout ce que je vous demande, chers gendarmes, c’est de respecter et de protéger les journalistes guinéens en plein exercice de leur métier. Car il n’y a pas de démocratie sans liberté de presse et l’Etat de droit passe nécessairement par la presse.